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vendredi 2 mars 2012

En grève

Voilà. Je me suis déclarée en grève. On est vendredi et je n’ai pas couru depuis dimanche. C’est comme ça.

Il y a des causes professionnelles et familiales à ces entraînements esquivés, mais pas seulement. Il y a surtout de la mauvaise foi. Du râlage saisonnier. De la paresse. De la fatigue.

vendredi 10 juin 2011

Si ça s'appelle mélancolie

C’est demain.

Je pensais que le stress ne m’atteindrait pas et que bon, ok, ça fait un tas de kilomètres à aligner, mais bon, c’est pour le plaisir tout ça. Et ça m’a fait plaisir de m’entraîner, de me préparer, de parcourir tout le chemin qui mène jusque là. Je pensais donc rester détendue et sereine jusque dans le quart d’heure qui précède le coup de feu.

Finalement, j’ai le ventre tout tordu et un stress mélancolique qui me caresse les cheveux.

C’est peut-être une déprime ante-partum. Voilà, c’est fini ou c’est tout comme.

C’est peut-être une stratégie de l’inconscient qui nous met en état de veille, qui veut nous concentrer le mental sur la course. Je suis dans ma bulle de spleen, je ne veux rien savoir de ce qui m’entoure. Allez-vous-en, embrouillants parasites.

C’est peut-être parce que Chéri a oublié que demain était un jour spécial pour moi. D’accord, il est à 6 000 kilomètres et il a la tête saturée de plein de choses importantissimes, mais, quand même, ça me rend un peu triste.

C’est peut-être parce que mon père devait être là demain. Parce que c’est lui qui m’avait parlé de ce marathon qui pouvait rentrer dans mon agenda et m’éviter de refaire celui de Montréal. Parce qu’il est décédé 6 jours plus tard, deux jours après que j’ai pris mon inscription. Parce que j’ai décidé de le courir malgré tout. Parce qu’il était content que je coure. Parce que ça lui aurait fait plaisir que je coure malgré tout, je le sais. Parce que je veux qu’il soit fier de moi. Parce que je serai à Luxembourg avec ma maman et sans mon papa. Parce qu’il nous manque.

Ça doit être pour ça que j’ai le ventre tout tordu et un stress mélancolique qui me caresse les cheveux. C’est sûrement pour ça.

Mais demain sera une fête. Le spleen se sera dissipé. J’aurai du bonheur à courir. Et puis de la souffrance. Et je ferai de belles rencontres. Avec mon père, qui sait ? Alors il me rabrouera avec de grands gestes bourrus et des soupirs exaspérés, et que je suis bien gnangnan, et que ce n’est pas parce qu’il est mort qu’il faut en faire tout un plat.

Tu as raison papa, demain ce sera une fête, juste une fête. Mais laisse-moi dormir avec mon chagrin. Juste pour cette nuit.

dimanche 17 avril 2011

Pourquoi je cours, II

Anxiolytique et cathartique
(été 2010)

Après cette démission (voir message précédent), pendant une quinzaine d’années, je courus sporadiquement. En pointillé. Je ne me souviens pas pour quelles raisons je m’y mettais ni pour lesquelles j’arrêtais. Sauf un printemps précis, juste après mes études. C’était pendant ma brève carrière d’enseignante dans un lycée quelque peu dissipé (faut-il préciser que je manie l’euphémisme ?) où je remplaçais une professeure poussée à la dépression par la bêtise et divers projectiles. Quatre mois d’enfer dont mes nerfs et mon esprit réchappèrent grâce à la course à pied. Elle faillit même faire monter ma cote dans les classes : un hâle précoce pour la saison suscitait l’admiration de mes élèves superficielles et maquillées. Je leur vendis mon petit secret (le sport de plein air) et perdis toute crédibilité. Faut-il être idiot pour ignorer que le fond de teint et le banc solaire donnent les mêmes résultats pour beaucoup moins d’effort. Je crois qu’une blessure et le début d’un travail moins stressant mirent fin à ce retour à peu près sérieux à la course. Il y eut ensuite d’autres périodes de reprise, mais jamais rien d’aussi intense et sérieux qu’aujourd’hui. Autrement dit, le pouvoir anxiolytique de la course à pied n’est pas un motif d’investissement suffisant pour une pratique dans la durée, bien que le jogging représente à mon sens le moyen le plus facile, le plus immédiat et le plus économique de combattre le stress. Une tenue minimale, une paire de chaussures, un peu de rage à dépenser et vous voilà sur les chemins. C’est ce que professent les coureurs, moi y compris, ignorant pourtant que nous ne sommes pas égaux devant l’effort et que ce qui est facile pour les uns est une torture pour d’autres.

La vie passait, les temps changent et nous aussi. Tout comme j’alléguais ne pas aimer le sport, je déclarais ne pas aimer les enfants ; comme le sport arriva, les enfants vinrent. Ils vinrent d’abord, et sportivement qui plus est, dans un sprint foudroyant : trois enfants en moins d’un an, en commençant par des jumeaux. La parentalité comme un sport en soi, elle tient en forme et elle épuise. Sauf que, pour les parents, pas moyen de se planquer dans les vestiaires. Pas moyen de se planquer dans les vestiaires, certes, mais on peut en sortir chaussé(e) de running et oublier pour quelques heures son état de Sisyphe. Vos bébés ne vous suivront pas (vous courez bien plus vite qu’eux) et passé une certaine distance leurs cris et leurs demandes incessantes ne vous atteignent plus : dans vos oreilles ne résonnent plus que vos battements de cœur. Ô ce presque silence.

Une fuite, me direz vous ? Certes, mais dès lors qu’il s’agit de sport, qui reprochera à une mère de famille d’abandonner ses petits et de ne penser qu’à elle ? Car, l'avez-vous remarqué ? l’abnégation et le courage, présumé, du sportif qui s’astreint à la souffrance avec tant de régularité suscitent toujours l’admiration du Reste du monde – ne le détrompons pas. Ainsi une mère indigne se transforme-t-elle en mère courage et les critiques en supporteurs. Cela dit, la famille gagne réellement à ces petits abandons puisqu’elle récolte les effets de la sérénité et de la saine fatigue dont rayonne le coureur après l’effort. Un seul de ses membres court et toute une famille en profite, voilà une belle mutualisation des bénéfices. 

Paradoxalement, il faut donc s’activer pour se reposer. (Et avoir un conjoint assez merveilleux pour supporter sans trop se plaindre vos fuites penta-hebdomadaires.) C’est ce que je compris un jour de juin 2009, un an et demi après la naissance de mon troisième petit bonhomme.