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mercredi 28 mars 2012

mon papa

Aujourd'hui ça fait tout pile un an que mon papa nous a quittés. 

J'avais juste envie de le dire. De tirer un petit fil de mémoire et de le laisser dépasser.

Il avait 60 ans, il était en bonne santé, il venait de partir à la retraite, il était amoureux de ma mère, il s'occupait de ses petits-enfants, il avait l'air enfin heureux. C'est moche. C'est injuste. C'est comme ça.

mercredi 7 mars 2012

En avant

-- Communiqué du syndicat du râlage --

J'ai terminé de faire du boudin.

Merci aux nombreuses personnes du comité du Plan qui d'un pied vigoureux m'ont botté les fesses, je suis maintenant un femme debout. Ça fait bien trop mal quand je m'assieds.

jeudi 24 novembre 2011

Le cycliste et le cyclosophe

Pédaler c'est comme courir, ça n'empêche pas de penser. Et ça mène même au même genre de réflexions. En tout cas, c'est ce qui apparaît dans un article trouvé par hasard dans Philosophie Magazine*.

Il s'agit d'un dialogue entre Laurent Jalabert et Jean-François Balaudé.

jeudi 1 septembre 2011

Dans la gazette

Je suis un peu gênée, là, mais quand même, je ne résiste pas à vous parler de ceci.

J’ai une pensée pleine de compassion pour les vedettes, les célébrités, les personnes publiques ou bien les monsieur et madame tout-le-monde qui se retrouvent dans journal parce que leur maison a été inondée, parce que leur chien vit mal le passage à l’heure d’été ou parce qu’ils ont couru un 10 km à travers champs avec une poignée d’autres coureurs. Vous penserez que je suis naïve ou idéaliste, c’est pareil me direz-vous, mais jusque là je croyais que les personnes interviewées par les journalistes étaient vraiment interviewées par les journalistes.

Quand, dans le journal, je lis le témoignage de Mme Mertens qui raconte qu’« il a commencé à pleuvoir vers 17 h 30. À 21 heures, l’eau a pénétré dans la cuisine et puis dans la salle-à-manger. Les meubles en chêne de mon mariage, je pourrai les récupérer mais, mon mobilier en contreplaqué, il est bon pour la poubelle. C’est la troisième fois que ça arrive en cinq ans et les assurances ne veulent pas intervenir, qu’est-ce qu’on va faire monsieur, déménager ? à notre âge ? Ça fait cinquante ans qu’on vit dans cette maison, à notre âge quand on déménage c’est pour le cimetière ! » Et bien, quand je lis ça, elle me fait de la peine Mme Mertens avec ses pieds de meubles tout mouillés, pauvre madame, et j’espère que le journaliste lui a fait un gros câlin pour la consoler un petit peu. Maintenant, je doute. Mme Mertens pourra-t-elle sauver ses meubles en chêne ? Tient-elle à mort à rester dans sa maison ? 

Même chose pour l’entourage de DSK et d’Anne Sinclair ­­– pour évoquer une actualité amusante – qui se fend de déclarations rassurantes sur l’amour du couple et sa sérénité à toute épreuve. Qui, dans la presse, remplit tout cet espace entre les guillemets dudit entourage ? Avant, j’aurais pensé à un voisin, au chauffeur, à un collaborateur, à un ami du couple, au jardinier, au prof de yoga de Mme Sinclair. Maintenant, je me demande si ce n’est pas un verbiage de synthèse. Pas que ce soit nécessairement faux, mais plus écrit que retranscrit. Quel crédit y apporter dès lors ?

L’entourage, bien sûr, il s’en fiche. La formule est anonyme et nul ne pensera en « se » lisant : mais je n’ai jamais dit ça! Par contre, Mme Mertens*, elle ne se souviendra peut-être pas d’avoir parlé avec un journaliste. Et puis d’abord, ça fait seulement trente-cinq ans qu’elle vit là. Qu’est-ce qu’ils vont penser les voisins, qu’elle est sénile et ne sait plus compter ? Et puis, ses meubles, c’est pas du chêne mais du merisier, rien à voir le chêne et le merisier. J’ai eu la même surprise en me lisant dans le journal (en ligne ici). 

La Nouvelle Gazette, édition louviéroise, mercredi 3 août 2011
Oui, j’ai bien parlé avec des gens après la course, mais avec personne qui se soit présenté comme journaliste. Non, je ne reviens pas plusieurs fois par an en Belgique. Non, je ne cours pas le marathon de Montréal comme je vais au supermarché. Ça fait vraiment bizarre de se voir tenir dans le journal des propos qu’on n’a pas tenus. Imaginez comme ça doit être déplaisant pour les gens d’importance dont les propos sont importants de découvrir à longueur de colonnes des phrases et des interviews imaginaires bourrées d’approximations.

Notez que dans un autre billet je me plaignais féministement du peu d’attention porté aux résultats des femmes dans la presse. Quand les premières arrivent, beaucoup d’hommes sont déjà arrivés, elles passent le plus souvent inaperçues. D’ailleurs, dans les grands marathons, les élites féminines partent une demi-heure avant les hommes, les vedettes ne sont ainsi pas volées. Ici, il aura fallu un peu d’exotisme, pour susciter la surprise et remporter le titre (de l’article). 

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire !

* Mme Mertens est une personne inventée. Pensez-vous que je ferais une bonne journaliste ?

Jogging des Éoliennes, Estinnes-au-Val, Belgique, 30 juillet 2011

mardi 2 août 2011

Partir, c’est courir très peu

Bien que dans le concept même de vacances réside lidée dun temps non contraint, de liberté, de détente, il apparaît que la pratique de la course à pied comme véhicule, précisément, de liberté et de détente pour le coureur —­­­­ de loisir —­­­­ trouve peu à sexercer pendant les vacances. Par vacances, on entend ici partir en vacances, avec valises et déplacement familial, repos sur commande et oisiveté à combler. Tentons de comprendre ce paradoxe dun temps de loisir où le loisir nest pas.



Voiron (Chartreuse, France), magasin de jouets typique
Prenons le cas de Mme D, mère de trois jeunes enfants qui pratique la course à pied à raison de quatre fois par semaine. Mme D a beaucoup de chance, elle va partir trois semaines en vacances en France avec son conjoint et ses enfants. Chez sa belle-famille dabord, sur les contreforts de la Chartreuse, et puis deux semaines dans le Quercy, à une centaine de kilomètres de Cahors, dans un gîte où séjourneront également sa belle-famille (première semaine) et sa famille (deuxième semaine). Quand Mme D prépare ses valises, elle range avec soin ses Mizuno et ses New Balance, des vêtements de sport, une ceinture dhydratation, une camel bag, sa montre gps et son plan dentraînement, ne laissant quun maigre espace pour ses petites robes, ses sandalettes et ses chemises hawaïennes (non, cest une blague). Mme D se réjouit de changer son ordinaire et de découvrir de nouveaux circuits dentraînement.

Bilan des trois semaines de vacances : 8 sorties et 82,3 km et un suivi de plan approximatif. Grossièrement, l
équivalent de deux semaines légères. Et deux kilos en plus sur la balance. Grossièrement, léquivalent de ce qui a été mangé en surplus et non brûlé par les entraînements.

Par quels mécanismes l
entrain du coureur, en loccurrence les bonnes intentions de Mme D, se trouve-t-il annulé par les vacances ?

①_Premièrement, les vacances sont caniculaires
Généralement, l
humain prend ses vacances lété parce quil veut du soleil. Cela donne bonne mine et incite les enfants à laisser leurs parents tranquilles tout le temps quils jouent avec une bassine deau, un seau et trois carottes de pin. Mais qui dit soleil dit chaud et dit parfois trop chaud. Pour le coureur, la chaleur est un ennemi, sa seule arme est le réveil-matin. Réveil-matin et vacances, vous voulez rire. Mme D na pas mis de réveil dans sa valise. 

②_Deuxièmement, les vacances sont pluvieuses
Montcabrier (Quercy, France), feux follets de cheminée
Lhumain en vacances prend un caractère de princesse et des airs chien battu quand on le contrarie. La pluie ça mouille et ça donne envie de pleurer.  Laissez-moi me prostrer dans un coin et manger du chocolat, pleure le vacancier sous la pluie. En outre, les parents ne sont pas trop de deux pour canaliser les énergies des enfants qui ont dû abandonner bassine, petit seau et carottes de pin et qui sennuient ferme.

Saint-Geoire (Chartreuse, France), route sans trottoir
③_Troisièmement, les vacances sont montagneuses
L
humain est mer ou montagne. Mme D appartient à lespèce montagne. La montagne se caractérise par des côtes mais surtout des descentes. Tout est dit. À cet égard, Mme D recommande fortement le Quercy dont les dénivelés sont moins pointus quen Chartreuse.

④_Quatrièmement, les vacances nont pas de trottoirs
L
humain est ville ou campagne. Mme D appartient à lespèce campagne. La campagne se caractérise par labsence de trottoirs, pas forcément par labsence de voitures. En outre, un chemin non carrossable nest pas toujours un chemin courable. Suggérer à lIGN de raffiner le relevé et le balisage des GR en ajoutant un indice de courabilité. À cet égard, Mme D recommande fortement le Quercy dont les départementales sont aussi asphaltées que désertes. 

⑤_Cinquièmement, les vacances sont collectives
De la grande collectivité dans le cas de Mme D La cellule de base compte cinq individus, à laquelle s
est ajoutée une ou deux cellules de trois individus (beaux-parents et belle-soeur / mère et nièces). La collectivité a, en pleine capacité (deux jours), compté jusquà 11 membres âgés de 3,5 à 81 ans. Le coureur qui a oublié son réveil-matin et/ou qui ne peut pas rivaliser avec lheure du lever de certains membres doit bien soumettre sa volonté à celle de la société et prendre part à la vie de la communauté. Si le coureur a des petits (ce qui est le cas de Mme D), des scrupules (ce qui est le cas de Mme D) et un conjoint non coureur (ce qui est le cas de Mme D), lentraînement ne peut que se dissoudre dans le vœu commun.

⑥_Sixièmement, les vacances sont touristiques
Attendu que les vacances sont collectives, que les vacances sont pluvieuses et que ce n
est pas parce quon est en vacances quil ne faut rien faire, lhumain se rend au syndicat dinitiative et compulse frénétiquement des guides touristiques à la recherche dendroits à visiter.
Montcabrier (Quercy, France), église de Saint-Avit, XIe siècle
Une grotte avec des dessins de cro-magnons dedans, un marché de producteurs, une fabrique de pruneaux confits, un quartier aux charmes pittoresques, un pan de château, un panorama étoilé par Michelin, le touriste est extrêmement occupé. Le coureur visite en amateur ces lieux recommandés (ce chemin de halage le long du Lot serait parfait pour travailler sa VMA et il ne lui a pas échappé que la boutique de sport à côté de léglise solde la collection running de lhiver passé), il voit tout ça mais il se tait. Il est seul.

Ce qu
il y a de bien avec les vacances, se dit Mme D en sortant la dernière valise du coffre, cest que ça ne dure pas toujours. Lannée prochaine, pense-t-elle, elle optera pour les Pays-Bas et pour un village de vacances avec Kids Club et cuisine hollandaise. Voilà qui devrait déjà résoudre cinq des six problèmes.